"EN ÉQUILIBRE SUR LES LIGNES...
Entre terre et ciel, des corps fragiles, saisis au vol, s’efforce de préserver un précaire équilibre dans cet espace que les Anciens appelaient le chaos...
« Je suis habité par le sentiment de peindre » avoue Thibault Laget-Ro, le regard brillant. Seule sa peinture nous en dira plus sur ce jeune homme si solidement campé d’apparence. En parcourant les deux salles de la galerie Le Feuvre, viennent à notre rencontre, à travers la trentaine de toiles immenses intitulées, Quand les corps s’électrisent, les « hommes bleus ». Figés dans des mouvements improbables, saisie en plein effort, dansent-ils ? Certains courent, sautent, se déhanchent, tombent et même, dirait-on, volent d’étrange manière. « Mes personnages, saisis ainsi, témoignent d’une fragilité, d’un danger qui rôde. On se demande toujours comment ils vont pouvoir s’en sortir. »
C’est dans les ateliers d’Hubert de Chalvron et de Jean-marc Thommen, aux Beaux Arts de Paris, que le peintre a développé ce style très graphique, proche de l’illustration, qui tire « principalement son inspiration des mass média et des icônes masculines. »
Les lignes qui délimitent les corps électrisés sont aussi droites qu’épurées menaçant à tout moment de se briser. « Une ligne droite, ça ne se tord pas, ça se casse », admet l’artiste en souriant. Les siennes sont le cadre même du dessin : « elles forment une protection, une sorte de coque autour de l’individu tout en le standardisant. Ce parti pris fait que chaque être bleu ressemble à un autre. »
Le côté inattendu de l'horizon.
Chez Laget-Ro, les couleurs sont franches mais rares. « On peut dire beaucoup de choses avec peu de couleurs », affirme-t-il. Sa période rouge montre des personnages éclatés. « Le rouge c’était pour l’urgence. Quand on a un choc dans la vie, les priorités changent. » Laget-Ro a-t-il eu des soucis ? Il répond simplement que non. Et considère comme parfaitement normale sa naissance au Japon le 11 novembre 1976, des parents diplomates, et son enfance itinérante. Il en tire un amour pour les voyages et les grands espaces. Passion qu’il a parfois payée très cher comme cette expédition au Pérou à 4 000 mètres d’altitude qui l’a mené directement à l’hôpital pour un œdème pulmonaire ! Ce goût pour la nature, il l’entretient aussi dans la vie de tous les jours. « J’habite le Vexin, explique-t-il, non loin de Cergy pontoise. Souvent, je sors de chez moi pour assister au coucher de soleil. J’aime ce moment où le ciel s’embrase, la lumière, les couleurs, la magie crépusculaire. »
Si l’œuvre de Thibault Laget-Ro semble dominée par l’élément masculin, il ne porte pour autant aucun ostracisme à l’endroit de la gent féminine. « Je sais qu’en France on nourrit un culte pictural pour la femme... » Pour l’heure la femme suspend encore son vol..."
Olivier Delcroix
Extrait publié dans le n°293 de CIMAISE
Journaliste culture au Figaro et au magazine CIMAISE